La chercheuse Sarah Descamps développe une approche originale de la sensibilisation environnementale en accompagnant les citoyens vers une plus grande sobriété numérique. Elle analyse à la fois l’impact des intelligences artificielles (IA) sur l’environnement, mais aussi les possibilités qu'elles offrent lorsqu'elles sont mises au service de la transition écologique.
La conférencière propose d’examiner l’impact grandissant de l’IA sur le climat en s’appuyant sur une analyse rigoureuse du "cycle de vie" du numérique, depuis l’extraction des ressources jusqu’à la fin de vie des équipements. Loin d’être immatérielle, l’IA s’ancre dans des infrastructures physiques énergivores telles les data centers dont la demande en électricité et en eau ne cesse d’augmenter. L’entraînement et l’utilisation des IA génératives (comme ChatGPT) sont particulièrement pointés par Sarah Descamps : la consommation d’énergie et d’eau explose, suscitant de graves tensions écologiques et sociales. Par exemple : le stress hydrique observé dans certaines régions accueillant des data centers, ou encore le travail précaire dans les pays du Sud nécessaire au traitement des données. Sarah Descamps alerte également sur l’ampleur croissante des déchets électroniques et les enjeux du recyclage.
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Malgré ce constat alarmant, elle distingue des applications positives de l’IA pour la transition écologique : automatisation du tri et du recyclage des déchets, optimisation agricole, surveillance de la biodiversité ou encore prévision de catastrophes naturelles. Elle rappelle toutefois que ces usages bénéfiques demeurent minoritaires face à l’explosion d’applications plus gourmandes en ressources, mais aussi au risque de “greenwashing”. En réponse à ces enjeux, Sarah Descamps plaide pour la sobriété numérique et une responsabilisation collective. Elle a d'ailleurs dédié sa thèse à l’enjeu de développer chez les citoyens la compétence “protéger l’environnement”, telle qu'elle est définie dans le référentiel européen “DigComp” (Cadre Européen des Compétences Numériques) promu par la Commission européenne qui reconnaît la nécessité pour chaque citoyen de posséder des compétences numériques.
Sarah Descamps invite chacun·e — citoyen·ne, concepteur·ice, institution — à s’informer, sensibiliser et agir pour que l’essor de l’IA s’accompagne d’une réduction de son empreinte environnementale plutôt que d’une amplification des déséquilibres.
Chercheuse en sciences de l’éducation et doctorante à l’Université de Mons au sein du Service d’Ingénierie Pédagogique et du Numérique Éducatif, Sarah Descamps est spécialisée dans la sobriété numérique, les compétences numériques et l’éducation au développement durable. Elle participe à de nombreux projets de recherche, notamment dans le cadre du Pacte pour un enseignement d’Excellence. Sa thèse porte sur l'enseignement de la protection de l’environnement comme compétence numérique, et le guide pédagogique qu’elle a conçu pour sensibiliser enseignant·e·s et élèves à l’impact environnemental du numérique lui a valu le prestigieux Prix Unesco Roi Hamad Bin Isa Al-Khalifa 2023, récompensant l’excellence dans l’utilisation des technologies de l’information et de la communication dans l’éducation.